« You say you want a revolution, well you know… we all wanna change the world »

Nous, jeunes produits de la société contemporaine. Nous, enfants de la classe moyenne, voire dominante. Nous qui ne sommes ni opprimés, ni censurés, ni exploités. Nous qui aimerions tant être pauvres, tristes et malades. Pour assécher notre soif de révolte.

Oui nous aimerions nous rebeller. Mais il faudrait alors s’en prendre à nous-mêmes ; nos parents, nos amis, nos familles. Nous aimerions scander « ni Dieu, ni maître ». Mais c’est nous les dieux. C’est nous les maîtres. Nous faisons partie des 20% qui exploitent les 80 autres. On aimerait niquer le système, mais c’est nous qui en profitons. Difficile de se révolter lorsqu’on a tout.

Alors on fait comme si. On écoute Léo Ferré en y croyant. On dessine des signes anarchistes sur nos Converses, en oubliant que si les fameuses baskets avaient tant de succès dans les années que l’on tente de copier, c’est parce qu’elles étaient beaucoup moins chères… On détruit nos jeans, ou on les achète déjà détruits, parce que ça donne un côté garage. On écoute Pink Floyd, les Beatles ou Country Joe McDonald. On chante « Give peace a chance » en tentant d’oublier que notre pays est trop neutre. On écoute Ska-P et on hurle « no a la pena de muerte ! ». On va au Paléo en sarouel et pieds nus, en disant vivre « 6 days of peace and music ». On évite de trop regarder le stand de la BCV. On boit, parce qu’on va mal. On ne dit pas pourquoi, parce qu’au fond tout va bien. Alors on dit, la vie c’est de la merde, point. On devient tour à tour photographes, réalisateurs, peintres, musiciens, artistes torturés et opprimés. On fait la révolution. Plusieurs fois. On crée des débats sur l’actualité et on s’énerve contre ces « putains de riches » en oubliant qu’on en fait partie. Alors on critique ceux qui ne l’ont pas oublié, on trouve que les signes extérieurs de richesse ça fait « vulgaire ». On s’intéresse aux vrais opprimés en se disant « comme je comprends »… On se sent extrêmement proches des Roms, alors on va jouer de la musique dans la rue. Parfois, dans un moment de faiblesse, on daigne leur donner une pièce. On se sent alors fiers de nous, mais un peu con, parce qu’on aura l’impression de s’être fait avoir. Et puis la prochaine fois, pour apaiser notre conscience, on se dira que nous non plus, on n’est pas si riches. On se considère comme des étudiants fauchés. On organise des manifestations sur Facebook. On y va, parfois. On porte des keffiers autour du cou, mais nos yeux sont protégés par des Ray-Ban. On écrit « fuck la police » sur les murs et on se sent plus fort. Mais la plupart de nous deviendra soldat. On se plaint : on est nés trop tard dans un monde trop vieux. On regarde le TJ en rentrant chez nous, et on trouve ça révoltant. Le monde est pourri. On le dit. On crache sur les connards du gouvernement. On oublie que le peuple est souverain. Autrement dit, nous.

Parfois on ouvre les yeux, et on s’en veut.

Mais que c’est bon, l’illusion de la révolution !

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